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Ce que l’on sait de la conscience animale

Les animaux connaissent des émotions, définies comme des modulations des capacités cognitives impliquant des changements attentionnels, d’apprentissage, du jugement ou de la mémoire.

Une expertise multidisciplinaire de l’Inra analysant des études comportementales, cognitives et neurobiologiques tend à montrer chez des espèces animales l’existence de contenus élaborés de conscience : émotions, mémoire, reconnaissance des limites de leurs connaissances. Le point avec Pierre Le Neindre, docteur en éthologie et chercheur ex-Inra de Clermont-Ferrand.
 


Pierre Le Neindre, Dr en éthologie
et chercheurex-Inra
de Clermont-Ferrand.
Photo : D.Bodiou/Pixel image

 

L’Inra a réalisé une expertise scientifique collective sur la conscience animale à la demande de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA). Pourquoi ?
Pierre Le Neindre : La conscience animale a longtemps été un sujet de recherche et de réflexion tant pour les philosophes que pour les scientifiques. En s’appuyant sur leurs performances comportementales en particulier, ces deniers sont arrivés à la conclusion que la conscience existe. Ils ont caractérisé la conscience par l’aptitude à résoudre des problèmes, à évaluer et à percevoir le monde.
Quel que soit le rôle assigné aux animaux, nous devons comprendre leur vie mentale pour bien les traiter et pour respecter leur bien-être en limitant en particulier les douleurs qu’ils seraient amenés à vivre. Depuis plusieurs années, les normes de bien-être animal ont été renforcées en Europe, de même que la réglementation concernent l’abattage des animaux. Outre des considérations générales sur l'obligation de ne pas faire souffrir les animaux dans toutes les opérations de mise à mort, ce règlement impose l'étourdissement des animaux avant l'abattage, de façon à ce qu’ils ne soient plus conscients. Depuis 2015, les animaux sont officiellement considérés par le Code civil comme des êtres vivants doués de sensibilité.
Plus récemment, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) s’est trouvée confrontée à la question de l’abattage des animaux gravides et du risque de souffrance pour le fœtus. Un fœtus peut-il éprouver de la douleur ou du stress lors de l’abattage de sa mère ? L’Autorité a ainsi demandé une réflexion scientifique collective à l’Inra sur la conscience animale en lien avec cet avis. 17 experts de l’Inra, du CNRS et des universités se sont penchés sur cette question de 2015 à 2017.
 
Que signifie la conscience ?

P. L. N. : Pour l’expertise scientifique collective, la conscience se définit comme l’expérience subjective que nous avons de notre environnement, de notre propre corps et de nos propres connaissances. Cette définition a servi de référence pour appréhender la conscience animale.
La conscience recouvre deux dimensions. Le "niveau de conscience" se réfère à des états de vigilance allant du coma à l’éveil. Le "contenu de la conscience" se réfère à l’expérience subjective associée à la perception de l’information sensorielle, ainsi qu’aux processus cognitifs et métacognitifs.
 
Que sait-on aujourd’hui de la conscience animale ? 

P. L. N. : L’expertise scientifique collective a permis de caractériser chez les animaux des propriétés auparavant considérées comme étant le propre de l’homme. Ainsi, les animaux connaissent des émotions, définies comme des modulations des capacités cognitives impliquant des changements attentionnels, d’apprentissage, du jugement ou de la mémoire. De nombreux animaux sont capables des mêmes processus d’évaluation que ceux qui déclenchent des émotions conscientes chez les humains. Par exemple, des études concernant les attentes de récompenses des ovins et des porcs montrent que ces animaux répondent non seulement à la valeur intrinsèque d’une récompense, mais tiennent compte aussi de leur expérience antérieure vis-à-vis de la récompense. De plus, certains animaux comme les bovins et les ovins vivent et partagent avec leurs congénères un large éventail d’émotions qui peuvent être ressenties consciemment.
Les animaux sont également capables d’évaluer leurs propres processus cognitifs, c’est-à-dire de connaître le niveau et les limites de leurs connaissances (la métacognition). En particulier, il a été montré qu’ils savent s’ils savent ou ne savent pas.
Les scientifiques ont également pu observer que de nombreuses espèces animales disposent d’une mémoire épisodique. Ils sont capables, lorsqu’ils vivent des événements particuliers, de déterminer où, quand et dans quelle situation ils les ont vécus. Des études indiquent qu’ils peuvent planifier des actions futures indépendamment de leur état présent de motivation et de leur tendance innée à réaliser certains actes. Les animaux ne sont donc pas seulement capables de vivre dans le présent, comme cela était postulé auparavant. 
Enfin, de nombreux animaux ont une "connaissance des autres". Beaucoup d’espèces vivent en groupes, ce qui laisse supposer des capacités cognitives sociales chez les individus. Chez les ovins et les bovins en particulier, les individus ont besoin de se percevoir et de se reconnaître pour construire une relation fiable et prolongée…
 
  
Retrouvez l’intégralité de l’interview de Pierre Le Neindre dans Cultivar Élevage de février (n° 705).

 

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