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Conduite alimentaire des vaches laitières

Et si on simplifiait la ration ?

Les vaches ayant reçu la ration complexe ont moins ingéré et donc moins produit de lait, conséquence probable d’un encombrement supérieur de la ration complexe et donc d’un apport énergétique quotidien moindre. Photo : N.Tiers/Pixel Image

Les résultats d'une étude menée à la ferme expérimentale des Trinottières (49), comparant une ration "simple" et une ration "complexe" sur les critères de production, santé et reproduction, ont été présentés lors des 22es journées 3R qui se sont déroulées les 2 et 3 décembre 2015 à Paris.

La performance globale d’une stratégie de rationnement est tributaire non seulement des performances laitières des animaux, mais aussi de leur capacité à être en bonne santé et à se reproduire pour assurer de futures lactations. Pourtant, les résultats de reproduction et de santé ne sont souvent pas une priorité dans les expérimentations sur les rations des vaches laitières.

Un constat qui a incité la station expérimentale des Trinottières à évaluer l’impact sur la production laitière, mais aussi la santé et la reproduction, de l’utilisation de différentes rations sur leur troupeau de prim’holstein.

172 lactations analysées

Entre août 2011 et juin 2014, deux lots de vaches laitières de race prim’holstein, ayant une production laitière de 9 500 kg/VL/an, ont été suivis. Le premier a reçu une ration dite « simple » et le second une ration « complexe ».

La ration simple était basée sur l’ensilage de maïs complétée par du tourteau de colza, tandis que la ration complexe comprenait de l’ensilage de maïs et de l’enrubannage de luzerne complétée par un mélange de tourteaux de soja et de colza, de blé, et d’une complémentation minérale et vitaminique.

Les deux rations ont été construites pour satisfaire les besoins énergétiques, protéiques et en macroéléments des vaches laitières hautes productrices, avec une distribution individuelle de l’alimentation en ration complète, une fois par jour et à volonté.

 Composition des rations complètes simple et complexe

% de la matière sèche totale Ration
simple
Ration
complexe
Ensilage de maïs 71,7 63,3
Enrubannage de luzerne - 8,7
Paille 2,0 4,4
Blé - 7,8
Tourteau de colza 25,7 7,0
Tourteau de soja - 7,0
Carburée - 0,5
Complément minéral vitaminé - 0,9
Carbonate de calcium 0,4 0,2
Sel 0,2 0,2
TOTAL 100 100
UFL/kg MS 0,9 0,89
PDIN/kg MS 89 88
PDIE/kg MS 85 85
PDIN/UFL 99 99
PDIE/UFL 94 95
Phosphore absorbable g/kg MS 4,5 3,4
Calcium absorbable g/kg MS 5,8 6,8
Cellulose brute q/kg MS 184 201

Les trois années d’expérimentation ont permis de compiler les résultats de 172 lactations de 117 vaches laitières, dont 64 lactations de primipares ayant vêlé à 24 mois.

Moins de mammites avec la ration simplifiée

Les vaches ayant reçu la ration simple ont davantage consommé que celles du lot « complexe », en moyenne +1,4 kg MS/VL/jour. Les rations étaient pourtant distribuées de la même façon, à volonté et individuellement, pour les deux lots. Le taux cellulose brut, supérieur pour la ration complexe, peut sans doute expliquer en partie cette différence.

La moindre ingestion du lot « ration complexe » a eu pour conséquence une production moindre, en moyenne -1,3 kg MS/VL/jour. Le taux protéique était également plus bas (-1,2g/kg), en revanche il n’y a pas de différence de taux butyreux.

Sur les résultats sanitaires, le lot ayant reçu la ration complexe a connu un nombre plus important de mammites et métrites. Aucune différence n’a, en revanche, été constatée sur les autres troubles de la santé.

L’étude n’a, par ailleurs, pas mis en évidence de dégradation des performances de reproduction par la simplification de la ration. Les performances de reproduction ont été globalement faibles pour les deux lots (36,3% et 29,2% de taux de réussite en première IA, en moyenne sur trois ans) comme cela est connu chez la vache prim’holstein.

Plus de 90% des vaches des deux lots ont présenté, par ailleurs, une reprise de cyclicité dans les 50 jours après vêlage, certainement lié à une bonne couverture des besoins énergétiques dans les deux lots, mais seules 50% d’entre elles ont ensuite connu des cycles d’une durée normale (17 à 26 jours).

Notre étude montre, dans un troupeau à niveau de production relativement élevé, qu’une simplification des rations est possible. D’après nos résultats, celle-ci s’est accompagnée d’une augmentation de production, d’une amélioration de la qualité du lait, d’une légère amélioration des résultats de reproduction et d’une diminution des troubles de la santé.

La multiplication des ingrédients pour sécuriser la ration n’est sans doute pas indispensable lorsqu’on dispose de fourrages de qualité même si elle permet de sécuriser les apports quand la composition des aliments est variable, conclut Benoît Rouillé, de l’Institut de l’élevage.

 
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