La référence technique au service des éleveurs

Numérique et santé en élevage

Le métier va forcément changer

Publié le 29/11/2018 par Marie Dominique GUIHARD dans
Dans le cadre d’Esa Connect,  la table ronde a montré les avantages et les limites du numérique en santé animale.

La table ronde sur l’e-santé en production animale organisée par Esa Connect le 21 novembre à Angers a permis de mettre en lumière les progrès et les limites apportés par les technologies de l’information et de la communication.  

 
Avec l’évolution des objets connectés, des capteurs, des logiciels, des algorithmes et des autres nouveaux outils, le vétérinaire aura-t-il encore sa place dans les élevages ? La réponse à cette question a été sans appel lors de la table ronde organisée par Esa Connect dans les locaux de l’École supérieure d’agriculture d’Angers (Esa) le 21 novembre dernier.


Denis Avignon est vice-président du Conseil national
de l’ordre des vétérinaires. Guihard/Pixel Image

« La télémédecine vétérinaire va se développer, confirme Denis Avignon, vice-président du Conseil national de l’ordre des vétérinaires. Il n’y a aucun doute. De même que les données recueillies par les divers capteurs vont devenir le nerf de la guerre. Mais, une chose est sûre. Le vétérinaire continuera à venir dans les exploitations. D’une part, la réglementation l’y oblige, et, d’autre part, qui fera les césariennes ? Qui soignera les boiteries ? »
 

 

Tous les intervenants de la table ronde étaient d’accords pour affirmer que la relation entre le vétérinaire et l’éleveur allait forcément changer.

Des aides aux diagnostics pour le vétérinaire

 « Il faut trouver une nouvelle manière de travailler avec le client, reconnaît Denis Avignon. Cela passera par de la contractualisation. »

Travailler autrement pour le vétérinaire signifie, par exemple, l’utilisation de plateforme numérique. Le développement d’outils d’aide au diagnostic comme celui de Pronozia pour les vétérinaires spécialisés notamment dans les animaux de compagnie a fait réagir les participants de la table ronde.

« Des projets comme celui-ci, note encore Denis Avignon, nous devrions les initier ou alors nous rapprocher de structures déjà existantes qui les développent. »

L’outil d’aide au diagnostic Pronozia est une gigantesque base de données issues de références bibliographiques et cliniques.

« La réalisation de cet outil nous a demandé 13 000 heures de travail, spécifie Patrice Domas, directeur général de Pronozia. Nous nous appuyons aussi sur 300 vétérinaires pour enrichir la base qui se veut la plus exhaustive possible afin d’élucider les cas les plus complexes. Il existe par exemple aujourd’hui plus de 2 700 signes cliniques liés au bien-être animal. »

Des tensions émergent

Le développement d’un tel outil interroge sur la façon dont l’éleveur pourra percevoir son utilisation par le vétérinaire.


Patrice Domas, directeur général de Pronozia,
société d’aide au diagnostic vétérinaire. Guihard/Pixel Image

« Contrairement à nos a priori, cet outil ne dévalorise pas le métier de vétérinaire, au contraire, » note Patrice Domas. 
 

 

 

 

Denis Avignon rajoute : 

« Ce type d’outil devrait contribuer à l’amélioration de la qualité du travail. »

Néanmoins, les limites du numérique ont largement été abordées. Bertille Thareau, sociologue, responsable du laboratoire de recherche en sciences sociales Laress de l’Esa et titulaire de la chaire Mutualité agricole qui organisent Esa Connect, signale : 

« Au niveau du métier des agriculteurs, il existe une tension entre les promesses de progrès des objets connectés et les risques de standardisation»

La chercheuse prend comme exemple le capteur appliqué au collet des vaches. Il participe à améliorer les connaissances sur les états de santé de l’animal. Mais via le capteur, seuls quelques facteurs sont analysés. Avec peu de données, l’éleveur finalement pourrait moins bien gérer la santé de l’animal. Autre limite, les capteurs ou le robot de traite connecté améliore le travail. Mais l’accumulation de données et les alertes qui en découlent peuvent apporter plus de stress à celui qui les reçoit, éleveur comme technicien.

Que mesure-t-on et pour qui ?

Nicolas Fortané, sociologue Inra spécialisé dans la santé animale, alerte sur le fait que les objectifs d’utilisation des données divergent parfois. Et cela entraîne des frictions entre les divers acteurs. Il cite le cas de la surveillance sanitaire en santé animale :


Nicolas Fortané est sociologue à l’Inra,  
spécialisé en santé animale. Guihard/Pixel Image

« Une bactérie résistance n’a pas la même définition pour un microbiologiste, un épidémiologiste, un éleveur ou un vétérinaire. Certaines données peuvent rester dans l’ombre. Il en sera de même dans le cas de l'avortement d’une vache ou de la brucellose bovine. Il existe donc une contradiction dans la manière de reporter les événements, entre le savoir de l’éleveur et celui du vétérinaire. Pour régler ces différends dans la gestion des données, il est nécessaire de connaître ce qui est à mesurer et qui produit les données. Des changements de pratiques s’imposent pour trouver un terrain d’entente. »   

 

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