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Karim Daoud, éleveur laitier en Tunisie

L'élevage laitier tunisien reste précaire

Notre pays ayant un climat difficile, à la limite du semi-aride, les cultures fourragères ne se sont pas développées et l’essentiel de l’alimentation reste basé sur des aliments concentrés avec un important déficit en fibres.

Karim Daoud, éleveur, est membre du conseil national du Syndicat des agriculteurs de Tunisie (Synagri) et président du Groupement des éleveurs de la race tarentaise. Il a introduit la race tarentaise en Tunisie dans les années 1990.

 


Karim Daoud. Photo GERT

Pouvez-vous présenter en quelques mots la filière laitière tunisienne?
Karim Daoud : La Tunisie compte 112 000 éleveurs bovins dont 80% disposent de moins de 5 vaches. Le cheptel est constitué de 437 000 vaches environ, dont plus de la moitié sont de race pure (holstein, brune des Alpes, tarentaise). Les 45% restant sont composés de races croisées et locales. Nous assistons à une baisse continue des effectifs de la population bovine locale croisée (-1,7% par an) et à une croissance de l’effectif des races pures (+2% par an).
La production laitière est de 1,2 million de tonnes, avec une évolution de +8,5%/an entre 1990 et 2014.

Quelles sont les difficultés actuelles rencontrées par les éleveurs?
K. D. : Notre pays ayant un climat difficile, à la limite du semi-aride, les cultures fourragères ne se sont pas développées et l’essentiel de l’alimentation reste basé sur des aliments concentrés (3 000 à 3 500 kg par vache et par an) avec un important déficit en fibres. Ce déséquilibre alimentaire influe négativement sur la physiologie et la reproduction des vaches ce qui entraîne un déficit en génisses de renouvellement et un fort taux de réforme. La Tunisie peine à renouveler et à accroître son cheptel, et a besoin d’importer régulièrement des génisses.
S’ajoutent à ce déficit fourrager un manque de technicité et d’encadrement, des problèmes sanitaires, un prix du lait insuffisant en regard du coût de production, le manque de froid à la ferme et la difficulté d’écouler la production, ainsi que peu de politiques publiques de soutien.

Quel est le rôle des pouvoirs publics dans cette situation?
K. D. : Les politiques publiques agricoles sont les premières responsables de cet état de fait. Premièrement le choix de baser le développement de la filière majoritairement sur des races manquant de rusticité a été une erreur. Deuxièmement, l’absence de stratégie favorisant le développement des cultures fourragères est le plus sûr moyen de rendre l’élevage précaire. Enfin, la faiblesse de la formation, de la vulgarisation et des structures professionnelles n’ont pas permis aux éleveurs de progresser et d’innover.
La mauvaise gouvernance a aussi été une source de blocage mettant la filière en situation de fragilité chronique. Les pouvoirs publics devraient pouvoir proposer une stratégie d’avenir pour la durabilité de la filière en concertation avec les différents acteurs. Ces acteurs devraient pouvoir se retrouver au sein d’une interprofession indépendante mais cela n’est hélas pas le cas.

Dans quelle mesure les capacités de production de la filière laitière tunisienne répondent-elles aux besoins du pays?
K. D. : La Tunisie est autosuffisante en lait de boisson depuis 1999, et nous sommes de ce fait en proie, certaines années, à des risques de surproduction et de sur-stockage. Le ministère du Commerce autorise alors l’exportation de lait UHT. Dès que la production nationale ou que les stocks diminuent, le même ministère interdit l’exportation. Ce mécanisme est problématique car il ne permet pas aux industriels d’assurer à leurs clients étrangers un flux régulier. Cela a pour conséquence un manque de confiance vis-à-vis des industriels tunisiens exportateurs. Les pays importateurs de lait tunisien sont principalement la Lybie et très secondairement l’Algérie.
Cette situation pourrait s’arranger facilement: il suffirait que les industriels exportateurs s’engagent à importer du lait UHT au cas où les stocks tunisiens viendraient à baisser. Cela s’est déjà produit et les quantités importées, en provenance de Slovénie, d’Espagne, de France et d’Italie, sont restées faibles (voir tableau ci-dessous).
Les autres enjeux auxquels l’industrie laitière va être confrontée dans les années à venir sont la diversification de la production, l’amélioration de la qualité et la libéralisation du marché du lait ½ écrémé.

Caractéristiques de l’industrie laitière et des circuits de collecte
* 240 centres de collecte de lait
* 10 centrales laitières (production de lait de boisson UHT et dérivés frais) d’une capacité de 3,4 millions de litres/jour.
* 25 unités spécialisées dans la fabrication de fromage d’une capacité de 400 000 litres/jour.
* 7 unités de production de yaourt et dérivés frais d’une capacité de 700 000 litres/jour.
* 1 unité de production de lait en poudre d’une capacité de 150 000 litres/jour.

Évolution de la production, de l'importation et de l'exportation (millions de litres)

  2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
Exportation 6 2 3,7 4,6 8,3 3,1 2 3,7 0,9
Importation 3,3 7,5 0 0 0 3,8 4,2 0 0
Production de lait UHT 378 419 400 456 447 509 510 546 610
Quantité de lait destiné au séchage 0 0 0 0 10 0 13,7 9,9 5,5

Entretien réalisé par notre partenaire :

Voir aussi :
Afrique : le pastoralisme face à l'insécurité
 

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