La référence technique au service des éleveurs

Bien démarrer les génisses laitières

Les conseils de Débora Sanstchi, nutritionniste canadienne

Publié le 20/12/2018 par Marie Dominique GUIHARD dans
Des éleveurs d’Ille-et-Vilaine ont participé avec intérêt à l’atelier de la canadienne Déborah Santschin.

Au Canada, l’élevage des veaux n’est pas si différent de celui pratiqué dans l’Hexagone. Débora Sanstchi est venue l’expliquer à des éleveurs invités par Eilyps, entreprise de conseil en élevage d’Ille-et-Vilaine. 

 
Selon Débora Sanstchi, le veau femelle doit être nourri le plus tôt possible avec du colostrum de qualité afin de lui assurer une croissance optimum. C’est l’un des messages dispensés par la nutritionniste canadienne de Valacta qui était l’invitée d’Eilyps le 5 décembre dernier à Noyal-sur-Vilaine (35).  Au programme de la demi-journée, des échanges étaient prévus sur « Réussir à bien démarrer l’élevage de ses génisses laitières ». Au Canada, certains éleveurs donnent jusqu’à quatre litres de colostrum dans l’heure qui suit la naissance, ce qui n’est pas forcément le cas en France. Très pédagogue, Déborah Sanstchi explique :

« À ce moment-là, le veau est encore bien éveillé. Il a donc moins de difficulté à ingurgiter le liquide. Et, particulièrement dans nos régions, il a aussi besoin de se réchauffer. » 

La conseillère avance aussi d’autres arguments.


Déborah Sanstchi, nutritionniste canadienne, a été l’invitée d’Eilyps pour parler de son expérience en matière d’alimentation des veaux et des génisses. Guihard/Pixel Image

La qualité du colostrum est prépondérante

« Le veau a besoin de 200 g d’anticorps, précise-t-elle, qu’il trouve dans le colostrum afin de limiter les maladies classiques telles que les diarrhées. Cela correspond à quatre litres de colostrum titré à 22 %. Si ce dernier n’affiche que 16 ou 18 %, le veau devra en ingérer 9,5 litres au premier repas. Ce qui est physiologiquement impossible. Un colostrum titré à moins de 18 %, donc de faible qualité, ne peut être donné qu’à un veau de deux à trois jours d’âge. Et enfin, l’absorption des anticorps est moins efficace pour un veau âgé de 12 heures à 15 heures. »

Il est donc important de connaître la qualité du colostrum qui, par ailleurs, apporte des protéines, des vitamines et des hormones. Parmi ces dernières figurent la prolactine indispensable pour stimuler la production de lait chez la génisse. Très souvent en France, les veaux sont souvent carencés en protéines (la poudre de lait par exemple est moins riche en protéines que celle du Canada). Et le veau ne digère pas encore les protéines végétales. D’après la conseillère, le réfractomètre est l’outil le plus commode et le plus fiable pour mesurer aussi bien la qualité du colostrum que du lait reconstitué à partir de poudre. Afin de le vérifier concrètement, les éleveurs invités n’ont pas échappé à quelques travaux pratiques. Chacun a reconstitué puis mesuré la qualité d’un lait à l’aide d’un réfractomètre.

Les veaux canadiens ne tètent pas leur mère

Très pratique, Débora Sanstchi a donné quelques consignes pour répondre aux interrogations des participants :

« Oui, le colostrum peut être congelé. Il peut être décongelé le temps du vêlage mais il ne faut pas le faire dans une eau supérieure à 40 °C pour ne pas détruire les protéines. De même qu’il n’est pas recommandé d’utiliser un micro-ondes qui détruit les anticorps. Pour accélérer la décongélation, la mise en sac est plus rapide qu’une mise en bouteille à condition de doubler le sac pour éviter que de l’eau y pénètre en cas de sachet percé. Enfin, il est possible de donner le colostrum d’une autre mère à condition qu’elle fasse partie du troupeau qui a "baigné" dans les mêmes conditions sanitaires. »

D’autres recommandations ont été prodiguées. Si l’utilisation du colostrum est prévue au-delà de 24 heures, il est nécessaire de le congeler. Il peut être mis au réfrigérateur pour une utilisation dans les douze heures. Contrairement à certaines pratique françaises, le veau n’est pas laissé sous la mère. « Nous ne connaissons pas la qualité du lait de la mère, souligne Débora Sanstchi. Nous laissons seulement la mère le lécher. »

Calendrier précis des prises alimentaires

Le calendrier des prises alimentaires en revanche semble presque identique à la France. Au premier jour, le colostrum est donné à volonté (250 g au minimum pour les prim’holstein). Au Canada, il est de nouveau proposé au veau le soir même. Dès le lendemain et durant une semaine, du lait de transition est apporté au veau en plus grande quantité (huit litres de lait en poudre dès le quatrième jour). La préparation de la poudre de lait nécessite de bien lire les étiquettes, certaines demandent à être chauffées à 60 °C, d’autres non.

« Une poudre qui n’est pas assez chauffée entraîne des grumeaux, un lait trop chauffé provoque des diarrhées, » relève la nutritionniste.

Le concentré (une petite poignée) est donné dès la première semaine pour habituer l’animal, sa digestion n’étant pas possible à cet âge. Au moment du sevrage, 2 kg de concentré sont donnés chaque jour. Pour développer le rumen, du fourrage haché (jamais de luzerne) est préférable aux pailles longues et de l’eau à volonté favorise aussi l’extension des papilles ruminales. Ainsi, Débora Santschi compare l’effet du fourrage à une brosse à dent.

Les tétines avec valve sont préférables

Le veau doit avoir une consommation et des conditions de vie les plus constantes possibles afin d’éviter tout stress qui puisse entraver sa croissance. Supprimer les rations de lait le dimanche comme certains éleveurs le pratiquent en France ne paraît pas une solution pour la canadienne. Le temps de sevrage dépend des litres de lait ingéré.

« Plus le veau boit du lait, plus le sevrage sera long, remarque-t-elle. Il faudra huit jours s’il boit huit litres de lait par jour, dix jours s’il boit dix litres de lait par jour. Et durant le sevrage, on ne le stresse pas en changeant ces habitudes (même place, même abreuvoir…). »

Au chapitre tétines, la canadienne a ses préférences.

« Les veaux ont besoin de tétines jusqu’au sevrage pour éviter les stress. Une tétine avec valve de retard est préférable pour que le veau apprenne à ne pas boire trop vite. Normalement une génisse boit un demi-litre à la minute. Si elle ingurgite trop vite, elle risque de se gaver à la mangeoire et cela n’est pas recommandé. Et le veau doit avoir la tête bien droite quand il tète. »  

Enfin peser le veau à des stades clés (deux mois, six mois et treize mois) assure une meilleure gestion de la croissance et permet de mieux prévoir les saillies précoces. Au Canada, les éleveurs visent un poids du veau de 100 kg à deux mois et 200 kg à six mois. Les éleveurs français n’ont rien à envier à leurs collègues canadiens puisque certains dans la salle élèvent des veaux qui pèsent 110 kg à deux mois.

Prévention des diarrhées

 « Si la génisse est âgée de 26 ou 27 mois au moment du premier vêlage comme c’est la moyenne aussi au Canada, alors que la saillie aurait pu se faire plus tôt, l’éleveur perd en compétitivité, affirme Débora Sanstchi. Un vêlage à 26 mois rend la vache seulement rentable à 48 mois. Aussi, un premier vêlage à 30 mois n’est jamais optimum car l’animal ne vit pas plus longtemps. »

La conseillère est revenue longuement sur la prévention des diarrhées. Outre une alimentation adaptée, la surveillance des animaux est primordiale.

« Avant de déclarer la maladie, la génisse va réduire la vitesse de la buvée un ou deux jours avant, constate Débora Santschi.  Elle va peut-être aussi se lever moins vite. Dans ce cas, l’éleveur peut lui donner déjà un réhydratant. »
 

 

1div class="articles-similaires-titre">Dans la même rubrique

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.