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Pâturage tournant dynamique

"Les vaches sont motivées à sortir"

Publié le 26/06/2018 par Hélène Flamant dans
"Je gère l’herbe à l’œil. Je laisse les vaches 1 à 3 jours par paddock selon la pousse de l’herbe", indique Mathieu Orbion, associé au Gaec des Terres Froides.

L’herbe pâturée reste le fourrage le plus économique. Bien qu’ancienne, la pratique du pâturage tournant est aujourd’hui de nouveau mise en avant. Éleveur bio dans la Meuse, Mathieu Orbion a testé la technique pour la première fois en 2017. Il a témoigné lors d'une rencontre organisée par le groupe Herbe et Prairie de Lorraine  le 14 juin.

Situé dans la Meuse, le Gaec des Terres Froides est une exploitation de polyculture-élevage laitier en agriculture bio gérée par la famille Orbion. L’exploitation s’étend sur 189 ha dont 129 ha de prairies naturelles et temporaires, en sols séchants, et produit 478 000 litres de lait avec 75 vaches laitières. Les céréales produites sur 60 ha servent exclusivement à l'alimentation du troupeau. La famille a introduit la betterave fourragère dans son assolement depuis 2014, pour les vaches laitières.


Mathieu Orbion, associé au Gaec des Terres Froides.


 

62 ha divisés en 40 paddocks

Après une formation suivie avec la chambre d'agriculture de la Meuse, Mathieu Orbion a mis en place le pâturage tournant dynamique au printemps 2017.

"Avant, nous pratiquions le pâturage libre : nous faisions beaucoup de lait à l’herbe à la mise en pâture et à partir du 15 juin, nous avions du mal à gérer les coups de secs, nous avions beaucoup de refus et la production baissait", explique Mathieu Orbion.

L'ensemble des parcelles proches de l'exploitation ont été découpées : la famille a divisé 62 ha de prairies en 40 paddocks. Les paddocks ont été cloisonnés au moyen de clôtures électriques.

"Nous avons fait peu d’investissements. J’apporte l’eau avec le tracteur, j’ai deux bacs de 1000 l pour l’abreuvement. Je gère l’herbe à l’œil. Je laisse les vaches 1 à 3 jours par paddock selon la pousse de l’herbe.  Nous sommes équipés d’un herbomètre depuis cette année pour affiner les observations. Je me suis aperçu que j’étais trop restrictif, il y a un calage à trouver."

Fertilisation plus homogène

Cette année, le premier tour a débuté du 3 au 25 avril avec 70 vaches en vêlages étalés à environ 6,5 mois de lactation. Sur les 62 ha au total, l'éleveur a fait un 1er tour rapide de déprimage sur 35,5 ha divisés en 23 paddocks. Pour le 2e tour, du 25 avril au 18 mai. Mathieu Orbion a débrayé 7,5 ha soit 4 paddocks pour faire la fauche. Les vaches disposaient alors de 32 ha en 21 paddocks. 

"Le chargement peut paraître faible - 46 ares/UGB au global et un chargement journalier de 1,9 ares/UGB/jour - mais sur mes sols de Barrois peu profonds et séchants je suis déjà bien content.
"Pour le 3e tour, du 18 mai au 15 juin, nous avions prévu 42 ha divisés en 27 paddocks, et finalement nous serons sur 35,5 ha en 23 paddocks."

L'éleveur a prévu de faire pâturer l'ensemble des 62 ha après le 15 juillet.

"Globalement j’observe moins de refus, les déjections sont mieux réparties, la fertilisation plus homogène et le trèfle blanc revient peu à peu. Les vaches sont motivées à sortir, elles savent qu’elles ont de la nouvelle herbe à manger tous les jours. Après elles ont toujours du foin à l’auge. Comme elles ont toujours de l’herbe jeune, les bouses ont tendance à être liquides", confie Mathieu Orbion.

Convaincu, l’éleveur a décidé de poursuivre dans cette voie.

"Pour l'année prochaine, j'envisage de faire plus d'aménagements, notamment pour l'eau."

La famille a aujourd’hui pour projet de replanter des linéaires d’arbres dans les prairies permanentes, pour notamment apporter de l’ombre aux animaux.
 

Pâturer au stade 2,5-3 feuilles
Le principe du pâturage tournant est de découper une grande parcelle en plusieurs paddocks qui seront pâturés les uns après les autres à un chargement adapté, entre un jour et une semaine selon le mode de pâturage choisi. "Le pâturage tournant a plusieurs avantages, énonce Fanny Mesot, conseillère lait à la CDA 55. Les déjections sont mieux réparties, il y a moins de refus, on se laisse moins déborder au printemps, la gestion des coups de sec en été est facilitée…"
L’organisation des parcelles, les chemins d’accès et les points d’eau doivent être bien réfléchis. Quel que soit le type de pâturage choisi (tournant, dynamique, cellulaire, fil avant/fil arrière…), l’important est de pâturer au stade 2,5 – 3 feuilles pour avoir une graminée de qualité. "Lorsqu’on arrive au stade 4 feuilles, la 1re feuille arrive en sénescence. La valeur alimentaire diminue", explique Fanny Mesot. Pour une bonne gestion de l’herbe, il faut toujours commencer par un tour de déprimage, "pour forcer le tallage et pour donner de la lumière au trèfle blanc en nettoyant l’herbe âgée. On densifie ainsi la prairie".
Attention à ne pas surpâturer pour ne pas pénaliser la repousse de l’herbe : il faut pâturer moins de 50 % de la surface foliaire, rester moins de 3 jours par paddock et laisser un temps de récupération suffisant avant de revenir dans la parcelle. Il faut compter 21 jours au printemps, 35 jours en été et 40 jours en automne.

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