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Écophyto

Moins de phyto consommés en polyculture-élevage

La présence de cultures fourragères dans les assolements explique en grande partie les différences d’usages de produits phyto avec une réduction de 35 % des IFT. Photo : A. Cotens/Pixel image

Lors des 22e journées 3R qui se sont déroulées les 2 et 3 décembre 2015, Nicolas Chartier, chef de projet Dephy/Écophyto au sein de l’Institut de l’élevage, a présenté une étude visant à mesurer et analyser les différences d’usages de produits phytosanitaires entre systèmes de polyculture-élevage et systèmes de grandes cultures.

Des analyses ont été réalisées à partir des données recueillies dans le cadre du réseau Dephy Ferme qui compte près de 1 200 exploitations en grandes cultures ou en polyculture-élevage. L’étude a utilisé les données des exploitations lors de leur entrée dans le réseau en 2012. Il s’agit donc d’un instantané des systèmes de culture prenant en compte plusieurs années afin d’éviter les variabilités annuelles.
Pour permettre une comparaison entre les données, l’analyse a porté sur des systèmes de culture équivalents signale Nicolas Chartier :

Un système de culture correspond, au sein d’une ferme, aux parcelles qui sont conduites de manière homogène sur plusieurs années. Au sein d’une exploitation, il peut donc y avoir plusieurs systèmes de culture. En moyenne dans le réseau Dephy les systèmes de cultures suivis représentent près de 40 % de la SAU des exploitations (même si les actions mises en œuvre par les exploitants concernent également des surfaces non suivies spécifiquement dans le cadre de ce réseau).

Pour différencier les systèmes de grandes cultures de ceux de polyculture-élevage, un indicateur simple a été pris en compte. Tous les systèmes dans lesquels une culture fourragère était présente sont considérés comme systèmes de polyculture-élevage. Si Nicolas Chartier admet qu’il existe un biais à ce niveau, il estime cette démarche plus facile à mettre en œuvre.

Avantage aux systèmes de polyculture-élevage

Clairement, l’IFT des systèmes de polyculture-élevage est plus faible que ceux de grandes cultures. La moyenne du second (3,94) est 43 % supérieure au premier (2,24). L’écart sur les seuls herbicides qui représentent près de 50 % des usages dans les deux catégories de systèmes est plus faible avec seulement 32 % en faveur des systèmes de polyculture élevage.

Des écarts qui peuvent directement s’expliquer par les cultures fourragères intégrées dans la rotation. Dans les systèmes concernés, les cultures fourragères représentent 49 % des assolements. Et leur IFT moyen est de 1,08 (contre 3,88 pour les autres cultures). Leur simple présence dans les assolements explique en grande partie les différences d’usages de produits observées avec une réduction de 35 % des IFT.

Or, la réduction totale observée est de 43 %. Le solde s’explique par une moindre utilisation de produits phytosanitaires sur les autres cultures de la rotation. Les pratiques sont moins intensives. Certes les rendements semblent en moyenne moins élevés, mais cette différence est sans commune mesure avec l’économie d’IFT observée. Sur blé, par exemple, l’économie de phyto est de 16 % pour une baisse de rendement de 4 %.
Nicolas Chartier avance des éléments d’explication possible sans affirmer que ce sont les seuls :

La présence de prairies temporaires atténuerait la pression des bioagresseurs. Elles ont notamment des vertus pour limiter la pression des adventices à l’échelle du système de cultures. Il y a donc moins besoin de désherber. Cependant, cet effet n’est pas si évident dans le réseau ou n’est pas suffisamment bien valorisé…

La destination des cultures facilite les leviers alternatifs

La destination des cultures peut également être un facteur explicatif. Les cultures destinées aux animaux ont souvent un cycle cultural plus court. Donc leur exposition aux bioagresseurs est moindre. C’est notamment le cas du maïs ensilage qui ne nécessite pas forcément d’intervention insecticide contre la pyrale contrairement à un maïs grains. C’est également le cas des céréales immatures. Aussi, les cultures destinées aux animaux ne sont pas soumises à des cahiers des charges, ce qui peut aussi laisser plus de souplesse et plus de place aux leviers alternatifs.

Il ne faut pas non plus oublier la perception et les attentes de chaque agriculteur qui peuvent différer. Certains ne tolèreront pas la moindre adventice dans leurs parcelles quand d’autres n’interviendront que sur des adventices pénalisant la culture à venir ou en place.

Au-delà de ces considérations, il s’avère que les exploitations peu consommatrices de produits phytosanitaires à leur entrée dans le réseau Dephy sont également celles qui progressent le plus vite. Et là encore les systèmes de polyculture-élevage ont l’avantage. Sur deux campagnes, l’utilisation des produits phytosanitaires a été réduite de 17 % dans ces systèmes quand la baisse est “seulement” de 8 % dans les systèmes en grandes cultures.

Nicolas Chartier, analyse alors :

Les agriculteurs valorisent sans doute plus les leviers cités précédemment ou ceux qu’ils ont déjà à leur disposition. Les échanges avec les autres agriculteurs et l’ingénieur réseau leur permetant de les identifier plus facilement.
 

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