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Étude FranceAgriMer

Trente années d'exportations de produits laitiers

La France exporte aujourd'hui 4 litres sur 10 collectés dans le pays. Photo : ©I.Dorpe/Qualpige/Cniel

Dans sa dernière étude, FranceAgriMer revient sur trente années d'évolution des exportations françaises de produits laitiers (1988-2018) en valeur et en volume, par grande famille de produits et par zone géographique, afin de comprendre quels ont été les leviers de développement des exportations.

Sur ces 30 ans, la filière a été impactée par des mesures européennes et par les réformes successives de la PAC, qui ont eu des conséquences directes ou indirectes sur les exportations, en particulier les quotas laitiers, mis en place en 1984 pour cinq ans mais finalement supprimés en 2015. Si les quotas laitiers ont pu avoir un impact direct, via une réduction de l'offre, les objectifs de libéralisation des échanges fixés par les accors de l'OMC en 2003 ont eu un effet direct. Le démantèlement progressif des outils de gestion des marchés ont déstabilisé la filière et l'ont obligée à s'adapter à ces nouvelles conditions de marché.

Une croissance quasi continue

En 30 ans, les exportations françaises de produits laitiers ont progressé de 128 %, passant de 3,07 milliards d’euros à 6,99 milliards d’euros. La croissance a été quasiment continue entre 1988 et 2018 et s’est amplifiée à partir des années 2010 avec la demande de l’Asie, malgré des ralentissements ponctuels liés à la crise de 2009, l’embargo russe à partir de 2014 et une nouvelle crise en 2016. La croissance des exportations en valeur au cours des 30 dernières années est liée à une hausse globale des volumes exportés combinée à une revalorisation de la plupart des prix à l’export. Si les exportations vers l’Union européenne ont reculé ces dernières années, la consommation étant stable voire en retrait dans les principaux pays de l'UE, celles vers les pays tiers ont connu un fort accroissement.

En 2018, les exportations de produits laitiers en valeur étaient réparties comme suit : 44,2 % de fromages, 28,6 % de produits secs (poudre de lait écrémé, poudre grasse, poudre infantile, lactosérum, caséines et caséinates, lactose), 17,4 % de produits ultra-frais (lait liquide, lait concentré, crème, yaourts et laits fermentés), 7,2 % de matières grasses solides, et 2,7 % d’autres produits laitiers (poudre de babeurre, lactalbumine, pâte à tartiner laitière, etc.). Si la part de chacune de ces familles de produits a évolué au cours des 30 dernières années, leur importance respective, les unes par rapport aux autres, ne montre pas de modification majeure.

La France perd une place

Même si les exportations sont orientées à la hausse sur le long terme, un ralentissement a pu être observé au cours des dernières années. Au-delà des phénomènes conjoncturels, il semble y avoir une tendance de fond, liée à une stratégie des industriels français qui font le choix d’investir dans des sites implantés à l’étranger pour produire « sur place » plutôt que d’exporter des produits laitiers fabriqués en France. Cela pourrait avoir des conséquences sur l’amont de la filière française, avec une réduction des besoins en lait des industriels implantés en France. Un des signes est d’ailleurs l’effritement de la place de la France en tant qu’exportateur au sein de l’Union européenne : en cinq ans, elle est passée du statut de 2e à 3e exportateur européen sur le marché de l’Union européenne à 28, derrière l’Allemagne et les Pays-Bas ; vers les pays tiers, elle est toujours 2e exportateur, après les Pays-Bas.

À court terme, les perspectives pour la filière laitière française semblent s’être améliorées :
· la collecte de lait mondiale est en repli, notamment en Océanie, en Argentine, dans l’Union européenne (même si elle semble repartir en ce début d’année 2019), et moins dynamique aux États-Unis, ce qui ouvrirait des opportunités sur le marché mondial ;
· les stocks d’intervention de poudre de lait écrémé sont quasiment vides à fin mars 2019 et les cours sont remontés partout dans l’Union européenne ;
· le prix européen du beurre a diminué mais reste élevé, et se situe sous le prix mondial : pour la 1re fois depuis au moins deux ans, le beurre européen est donc à nouveau compétitif sur le marché mondial…

Néanmoins, le marché mondial du lait est très volatile et les évolutions difficiles à prévoir à long terme voire à moyen terme.

Une conjoncture plus favorable mais...

Malgré une éventuelle bonne conjoncture, la tendance baissière de la collecte française depuis la fin des quotas laitiers (1er avril 2015) pourrait réduire ses capacités d’exportation, surtout si elle devenait structurelle. Contrairement à ses concurrents européens, la France a mis en place un système de contrats entre producteurs et laiteries, qui limite les possibilités de développement de la production de lait des éleveurs les plus dynamiques et ne permet donc pas de compenser les sous-réalisations d’autres exploitations. Dans ce contexte, il apparaît primordial de poursuivre la montée en gamme des produits exportés, pour compenser le repli des volumes, et d’aller chercher de nouveaux marchés.

L'avenir des exportations françaises est également conditionné par le prochain Brexit. Le Royaume-Uni – 3e client de la France – est le 3e producteur de lait de l'UE mais c'est aussi un pays déficitaire en produits laitiers. Il a importé en 2018 pour 3.8 milliards d'euros de produits laitiers. La Fance, 2e fournisseur du Royaume-Uni, a participé à hauteur de 15 % à ces approvisionnements. Compte tenu des échanges entre les deux pays, la sortie du Royaume-Uni de l'UE pourrait avoir un impact conséquent sur les exportations françaises de produits laitiers, l'importance de cet impact dépendant également des modalités du Brexit qui seront adoptées.

Retrouvez l'intégralité de l'étude ici.

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