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Marchés mondiaux de la viande

Un monde sous tension

L’Europe est présente sur le marché de la viande bovine sur le pourtour méditerranéen, en concurrence avec l’Uruguay et le Brésil. Photo : H.Grare/Pixel Image

L’Europe est soumise à la concurrence toujours plus vive des pays d’Amérique du Sud et des États-Unis. Des pays, jusque-là très fermés – Chine, Israël, Japon – commencent à entrouvrir leur marché. L’Institut de l’élevage a dressé un panorama des échanges en viande bovine, le 14 juin, à l’occasion de la journée « Marché mondiaux de la viande ».

Le retour à la croissance est très difficile depuis la crise de 2008. Depuis 2010-2011, les taux de croissance (PIB) ne sont plus ceux d’avant 2008. Dans les pays avancés, on plafonne à 2% et ils sont plutôt en régression dans les pays émergents.

Philippe Chotteau, chef du département économie de l’Institut de l’élevage, plante le décor.
 
Les filières doivent faire face à de nombreux facteurs d’incertitudes, de par le monde, « comme on n’en n’a pas connu depuis longtemps ». Les conflits, plus nombreux, affectent l’économie mondiale. Le prix de l’énergie, en particulier du pétrole, fortement corrélé aux prix agricoles, sont en baisse. Les écarts monétaires sont croissants.
Philippe Chotteau analyse :

Les événements politiques viennent également déstabiliser les filières. En Inde, les abattoirs sans licence au 1er trimestre 2016 ont été fermés dans 5 États clefs. Dans l’Uttar Pradesh, état le plus peuplé, le BJP, parti extrémiste, qui a accédé au pouvoir en mars 2017, a interdit dès le mois de mai, les marchés de tout bétail pour l’abattage, et menace d’interdire totalement l’abattage des bovins dans le pays.  Cela va poser des problèmes considérables à la filière.

On peut également citer le scandale JBS au Brésil.

Au même moment, l’arrivée de l’administration Trump remet en cause tous les accords commerciaux. Seul critère désormais, le rétablissement de la balance commerciale des USA. On assiste, en parallèle, à la libéralisation des échanges dans plusieurs pays jusqu’alors très protectionnistes comme la Chine, Israël, voire le Japon. L’Union européenne, de son côté, « pousse les feux avec souvent des intérêts défensifs pour le secteur des viandes ». 

Envolée des importations dans le Moyen-Orient

L’Europe est présente sur le marché de la viande bovine sur le pourtour méditerranéen, en concurrence avec l’Uruguay et le Brésil. En 2016, la croissance économique au Proche et Moyen-Orient a été pénalisée par les cours du pétrole déprimés, une économie mondiale convalescente et des conflits majeurs. Un contexte morose qui n’a pas pour autant freiné les exportations.

Margaux Danielle, de l’Institut de l’élevage :

En 2016, les importations de bovins vivants se sont envolées dans le Proche et le Moyen-Orient. La hausse est particulièrement forte hausse vers la Turquie et Israël. Les importations de viande sont, elles, restées assez stables.

Du côté de la Chine, une brèche s’est ouverte pour la France avec a la levée, ce printemps, de l’embargo sur l’ESB. La production chinoise, même si elle était en hausse de 2,5 % en 2016, peine à couvrir la demande croissante en viande bovine. Une situation qui a entraîné une flambée des prix. Pour freiner la hausse des cours et satisfaire la demande, la Chine se voit contrainte d’ouvrir ses marchés aux approvisionnements étrangers. L’Inde est le premier fournisseur de la Chine, devant le Brésil. La viande bovine de la plupart des pays européens reste interdite d’entrée en Chine continentale.

Recapitalisation de cheptel en Australie et Nouvelle-Zélande

Du côté des régions exportatrices, l’Australie a connu une forte période de sécheresse qui a amené à une décapitalisation de cheptel et une baisse de la production entre 2013 et 2015. La recapitalisation, qui a débuté en 2016, commencera à porter ses fruits à partir de 2018-2019. En Nouvelle-Zélande, la crise laitière a amené à une décapitalisation de cheptel en 2015-2016. Le pays commence à recapitaliser son cheptel laitier. Conséquences pour les deux pays : les exportations de viande bovine sont en forte baisse en 2016, notamment vers l’Amérique du Nord, de même que  les exportations de bovins vivants. Mais les débouchés se diversifient, face à la demande croissante vers les pays asiatiques.

L’Amérique du Sud, également un fort bassin exportateur, abrite 4 des 10 premiers exportateurs mondiaux (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay).
Sébastien Bouyssière, de l’Institut de l’élevage, résume :

Ils privilégient le marché mondial au détriment de la consommation domestique. Ils font des envois massifs de viande vers la Chine et le Moyen-Orient pour compenser la diminution des achats russes. L’exportation de bovins vivants se réorientent vers le pourtour méditerranéen.

On note, par ailleurs, un retour en force de l’Amérique du Nord dans les échanges mondiaux. La demande asiatique booste les exportations des États-Unis. Les exportations canadiennes de viande bovine progressent également, à la fois vers les États-Unis et les marchés asiatiques.
 
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