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Covid-19

Confinement : comment se porte le marché de la viande ?

Publié le 24/04/2020 par Claire LAMY GRANDIDIER dans
Un mois après le début du confinement, le Covid-19 chamboule toujours le marché de la viande. CP : H.Grare/TerroirEst

Après être revenu sur les cours des veaux de boucherie un mois après le début du confinement, l’Idele s’est penché sur les cours des plus gros bovins. 

Depuis plusieurs semaines, les cours du prix des vaches en France restent extrêmement dégradés pour les vaches laitières, même si un tassement a été observé la semaine dernière. 
Les vaches de type O sont 10 % moins chères que l’année dernière, à 2,91 €/kgéc, et les vaches de type P le sont de 6 %, à 2,66 €/kgéc. Les R sont un peu moins affectées, mais restent tout de même 3 % sous leur niveau de 2019, à 3,72 €/kgéc. Les vaches de type U ressentent moins les chutes des cours, puisqu’elles sont à -1 % par rapport à 2019, à 4,39 €/kgéc. 

« Le prix des vaches bien conformées reste correct, même si le nombre d’abattages, pour les allaitantes, est en baisse de 13 % sur les cinq semaines de confinement par rapport à cette même période en 2019, explique Philippe Chotteau, chef du département économie à l’Institut de l’élevage. Les abattages de laitières ont également été en retrait de 3 %. »

Le marché des jeunes bovins

Du côté des jeunes bovins, la cotation, qui, dans un premier temps, était moins affectée que celle des vaches, s’est nettement aggravée ces dernières semaines. Le JB U est désormais 3 % sous le prix de 2019 à la même époque (3,86 €/kgéc), et la situation est similaire pour le JB R (3,66 €/kgéc). De son côté, le JB O a subi une forte baisse : il se retrouve avec un différentiel de -5 % à 3,16 €/kgéc par rapport à la semaine 16 de 2019.

« Cette baisse est particulièrement forte pour le JB de conformation O car l’essentiel de ses débouchés est la restauration hors domicile – RHD – et particulièrement la restauration rapide qui est fermée – même si quelques McDonalds rouvrent leurs portes uniquement en drive dans la région parisienne », précise le chef du département économie.

Les abattages restent en recul

Pour ces jeunes bovins, les abattages restent en recul. Cependant, ces chiffres sont à relativiser, la semaine 16 ayant eu un jour ouvré de moins qu’en 2019. La semaine passée, les abattages de JB type viande étaient de -12 % par rapport à 2019 et de -23 % en JB lait, avec des poids qui augmentent (de 1,1 % pour le JB viande et 2,3 % pour le JB lait).

Une augmentation des effectifs dans les fermes

Avec l’aide de Spie, l’Idele s’est intéressé aux effectifs en ferme. « Nous remarquons que sur les jeunes bovins de type viande âgés de 16 à 24 mois, nous avons depuis trois ou quatre semaines une augmentation des effectifs en ferme, reconnaît Philippe Chotteau. Cette augmentation est marquée par rapport à 2019. Toutefois, si nous la comparons à 2018, nous sommes à peu près en phase. »

Les cours des broutards se maintiennent

Concernant les broutards, il n’y a, pour l’instant, pas d’inquiétude sur le marché, puisque les cours se maintiennent bien. Ces derniers ont été reconduits grâce à une demande italienne qui reste ferme, et malgré un fléchissement de la demande en Espagne.
En revanche, les prix restent inférieurs à 2018 et 2019, sauf dans les charolais les plus lourds. En effet, pour les charolais U de plus de 450 kg, les prix rejoignent les niveaux de 2019 (2,52 €/kg). 
Autre facteur impliquant le maintien de ces cours : comme chaque année, en broutards, l’offre est minimale de janvier à avril. En avril, les stocks de mâles de type viande de 4 à 16 mois sont estimés en repli de 4 % par rapport à 2019 et de 2 % par rapport à 2018 avec la modélisation Modemo. Les disparités entre les races restent marquées, avec un stock de charolais au 1er mars inférieur de 5,5 % par rapport à 2019, et de 2 % pour les limousins.
 

Exportations stables vers l'Italie

Au niveau des exportations, sur les cinq semaines depuis le début du confinement, celles de bovins vers l’Italie sont quasiment stables d’une année sur l’autre, alors que celles de bovins y compris des veaux nourrissons vers l’Espagne sont en net retrait de 32 %.
En revanche, le tableau est plus nuancé vers les pays tiers pour les broutards. Les difficultés sont nombreuses, car les broutards français sont lourds et ne correspondent pas à la demande algérienne. Ils sont actuellement concurrencés par des JB finis, notamment ceux exportés par l’Espagne et l’Irlande à la veille du Ramadan. De plus, les limites d’âge et de poids imposées par l’Algérie depuis le début de l’année ne facilitent pas les échanges (le plafond étant de 14 mois et de 450 kg). 

« En plus de ces différents paramètres à prendre en compte, les Algériens avaient l’habitude de se rendre dans les centres de regroupement de jeunes bovins pour y faire leur tri, explique Philippe Chotteau. Désormais, avec les règles sanitaires, ils ne peuvent plus le faire. À cela, il faut ajouter les problèmes sur le marché des hydrocarbures qui constituent la première source budgétaire pour l’État algérien et qui, donc, n’arrangent pas la situation. »

Pression sur le JB franco-italien

Revenons en Europe, sur le marché Italien. Un report des ventes en RHD vers la GMS a été observé depuis le début du confinement. Aussi, nous pouvons remarquer grâce à l’indicateur Iri que les ventes de viande ont progressé en GMS.

« La demande reste bonne pour les JB et pour les génisses. En revanche, les opérateurs italiens soulignent que la viande, de plus en plus importée, semble faire pression sur les prix du JB franco-italien engraissé à partir de broutards importés de France », souligne le chef du département économie.

Les abattages de réformes restent au niveau minimum dans ce pays – comme ailleurs – car ces viandes sont habituellement écoulées en burgers par la RHD. En GMS, elles sont utilisées en hachés congelés, peu consommés par les Italiens qui préfèrent le frais à base de JB et de génisses.
 

Le JB résiste en Allemagne

Sur le marché allemand, la cotation de la vache O s’est stabilisée mais à un très bas niveau : -13 % par rapport à 2019, à 2,56 €/kg. Le JB résiste finalement mieux et rejoint presque son niveau de 2019, avec un prix à 3,47 €/kgéc pour le JB R. « Le marché allemand n’est pas extraordinaire. Grâce au déconfinement progressif, qui a été décidé ces derniers temps, la consommation va peut-être être relancée. De plus, la météo, un peu meilleure ces derniers temps, pourrait susciter de la demande en grillades », espère Philippe Chotteau. 
 

Situation critique en Pologne

La Pologne, qui exporte en temps normal 85 % de sa production principalement en RHD européenne, a un cours du JB qui peine à se redresser et qui reste toujours très bas. La cotation du JB O est descendue à des niveaux que le pays n'avait pas connus depuis très longtemps, à 2,66 €/kgéc (soit 11 % de moins qu’en 2019 et 20 % de moins qu’en 2018). 
La vache de réforme est, quant à elle, à 2,24 €/kgéc, soit 11 % de moins qu’en 2019 et 22 % de moins qu’en 2018. Pour rappel, l’intervention est à 2,22 €.

Difficultés d'écoulement en Irlande

L'Irlande dépend fortement de l’export et il fait face actuellement à de graves difficultés d’écoulement. De ce fait, les abattages sont réduits, y compris ceux des jeunes bovins. Sur les semaines 13 à 16, les abattages de JB sont à -46 % par rapport à 2019, et ceux des gros bovins sont en baisse de 15 %. Par conséquent, les cotations sont en très net repli, notamment pour la vache O, mais également pour le bœuf R qui est descendu à 3,45 €/kgéc. 
 

Le Royaume-Uni arrive à s'en sortir

« Au Royaume-Uni, les cotations s'étaient maintenues. Or, depuis le depuis de la semaine 15, nous assistons à des baisses des cotations, notamment du prime Cattle, les bœufs, les génisses et les jeunes bovins avec 17 cts de baisse », précise Philippe Chotteau. 

Le prix des vaches de réforme avait déjà lourdement chuté. Ainsi, en semaine 15, le cours de vache O atteint 2,67 €/kgéc, soit une baisse de 10 % par rapport à 2019 et de 19 % par rapport à 2018. 
Malgré tout, les prix restent stables. Cependant, les opérateurs rencontrent de grandes difficultés de valorisation des carcasses. 

L'Espagne exporte moins vers l'Italie 

Du côté des Espagnols, les opérateurs observent un report qui n’est pas complet en volumes de la RHD vers les achats des ménages. De plus, ils ont subi une baisse des ventes vers l’Italie, l’un de leurs marchés essentiels à l’export. Ils arrivent à maintenir des exports de bovins vifs souvent finis vers l’ensemble du bassin méditerranéen, de la Libye à la Jordanie en passant par l’Algérie, mais cela ne suffit plus à maintenir les cours. 
Sur la cotation espagnole, le jeune bovin R3 montre une dégradation des prix. En semaine 15, la diminution est de 9 % par rapport à 2019 pour les jeunes bovins typiques R3, qui cotent à 3,58 €/kgéc, mais de 4 % pour les bovins jeunes de 8 à 12 mois, qui finissent à 3,76 €/kg.

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