La référence technique au service des éleveurs

Filières AOC du massif jurassien

Un choix douloureux, mais responsable

Pour Alain Mathieu, l’écrêtement de la production printanière de lait à comté permettra à la filière de passer ce cap difficile. CP : DR
Le 1er avril 2020, le Comité interprofessionnel de gestion du comté (CIGC) a décidé de diminuer la production de 8 % pour une durée de trois mois : une réponse concertée et mesurée à la situation sanitaire inédite que traverse le monde.

« Choisir de limiter la production alors que nous sommes au moment de la mise à l’herbe – une période habituellement d’euphorie chez les éleveurs laitiers, le moment de l’année où les tanks se remplissent – c’est contre-nature », reconnaît Alain Mathieu, le président du Comité interprofessionnel de gestion du comté, lui-même éleveur à Bief-des-Maisons, dans le département du Jura.

C’est une décision collective, que nous avons prise en concertation avec les trois autres AOP du massif jurassien (celles du morbier, du mont-d’or et du bleu de Gex Haut-Jura). Une décision mesurée également, que nous avons prise dans l’urgence pour qu’elle soit plus acceptable et sur un trimestre : c'est un pas de temps qui facilite sa mise en œuvre. Plusieurs éléments sont entrés en ligne de compte. D’abord, le caractère complètement inédit et mondial de cette épidémie, et sa violence, avec nombre de deuils qui bouleversent nos vies. Ensuite, l’impact direct sur les circuits de distribution et sur la consommation de nos fromages : l’arrêt de la restauration hors domicile, la fermeture des marchés, d’une grande partie des rayons à la coupe… – trois réseaux traditionnels extrêmement importants pour tous les fromages d’appellation – et des exportations devenues très compliquées. Plus le cycle du fromage est court, comme le bleu de Gex, et plus l’impact a été fort.

Un pouvoir d’achat amoindri par la récession

Pour le comté, la question de la gestion du taux d’occupation des caves d’affinage est également entrée en jeu : c’est toujours aux mois de juillet et d’août, qui suivent la période de mise à l’herbe, que les caves sont les plus remplies, et les meules qui n'ont pas été vendues pendant les mesures de confinement sont toujours sur les planches d'épicéa…

Enfin, même si nous sommes confiants dans notre fromage, qui garde sa place dans le cœur des consommateurs, nous ne pouvons pas ignorer que la situation économique sera difficile et aura des répercussions sur le pouvoir d’achat. Une fois les mesures de confinement levées, il faudra tout de même plusieurs mois, voire plusieurs années, pour un retour à la normale. Nous avons l’obligation de nous projeter vers l’avenir en essayant de conserver les grands équilibres entre l’offre et la demande, et celle-ci sera moins dynamique en 2020.

Côté technique, l’écrêtement de la production printanière demandé aux producteurs peut s’appuyer sur différents leviers.

Tarissements plus précoces, sevrage plus tardif des veaux, diminution du cheptel par des réformes anticipées, réduction des quantités de compléments distribués… Chacun trouvera les réponses les plus judicieuses dans sa ferme. C'est un exercice très compliqué pour un producteur. Nous étudierons les cas particuliers, comme ceux des jeunes agriculteurs installés récemment ou ceux des exploitations qui ont eu une production anormale en 2019, pour trouver des réponses collectives appropriées. Si l’intelligence collective nous commande d’éviter la déstructuration de la filière par une offre de fromages trop supérieure à la demande, elle nous impose aussi de veiller à ne mettre aucun producteur dans la précarité.

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