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Grégoire Pigeon, Météo France

"Nous nous trompons de moins en moins !"

Publié le 25/04/2017 par dans
« Météo-France, en plus des prévisions météo, a aussi pour mission d’observer l’évolution du climat, explique Grégoire Pigeon, responsable de la division agro-météorologie de Météo-France. La France est sous des latitudes dites de transition climatique. Les signaux du changement climatique ne sont pas si nets comme ailleurs sur le globe. » Photo : Météo France.

Pour renseigner au mieux les Français, Météo-France travaille à affiner ses prévisions généralistes. En parallèle de cette mission de service public, Météo-France développe des services privés aux organisations professionnelles agricoles. Grégoire Pigeon, responsable de la division agrométéorologie de Météo-France nous en dit plus.
 
Nous regardons tous les jours les prévisions météorologiques sans vraiment savoir comment elles sont établies, pouvez-vous nous éclairer ?
Grégoire Pigeon : Il y a trois grandes phases dans la construction d’une prévision. Cela commence par l’observation du temps actuel. 90 % des données que nous enregistrons proviennent des satellites, mais nous utilisons aussi des radars météorologiques au sol, des ballons sondes qui montent à 20-30 kilomètres dans l’atmosphère et bien sûr des stations météo au sol. Pour avoir un bon diagnostic, il faut observer non seulement les couches horizontales mais aussi verticales de l’atmosphère ainsi que leur évolution dans le temps.
Vient ensuite le temps du pronostic. Les données sont intégrées, lors d’un processus appelé assimilation, dans des modèles mathématiques qui fournissent des scénarios. Les météorologues détectent les anomalies de calculs et choisissent le scénario le plus pertinent ; celui qui est diffusé à la TV.

Quel est aujourd’hui la résolution des modèles utilisés par Météo-France ?
G. P. : Le modèle Arpège travaille à l’échelle du globe terrestre. Si l’on parle de la résolution horizontale, elle est de 7,5 km environ sur la France et de 37 km aux antipodes. Il donne des prévisions à 4 jours.
Le modèle Arome, quant à lui, fait des simulations détaillées pour 2 jours sur la France métropolitaine étendue aux zones frontalières. Ce modèle fournit des scénarios pour des mailles spatiales de 1,3 km. C’est l’échelle d’un nuage. Arome a cette précision depuis 2016. À ses débuts en 2009, la maille était de 2,5 km. Avant lui, le modèle Aladin travaillait sur des mailles de 9 km.
Demain, les travaux de recherche en cours permettront très certainement de descendre sur des mailles horizontales de 500 mètres et d’améliorer la résolution verticale.

Vers des résolutions toujours plus fines

Réduire la maille conduit à multiplier les données et les calculs. Est-ce pertinent de diminuer encore le maillage ou d’acquérir plus de données ?
G. P. : Il est préférable que toutes les technologies avancent ensemble. Encore aujourd’hui, certaines données que nous collectons ne sont pas pleinement valorisées car nous ne savons pas les intégrer dans les modèles. Néanmoins, quand nous saurons le faire, nous aurons à disposition des données historiques enregistrées. Elles seront alors utiles pour améliorer la robustesse des modèles futurs. Quant à la résolution des mailles, nous la faisons évoluer en fonction des moyens de calcul qui augmentent avec les technologies d’aujourd’hui. Atteindre des résolutions plus fines est toujours pertinent pour représenter les phénomènes de petite échelle comme les accumulations d’air froid au fond d’un vallon par exemple.

Avec tous ces progrès, pourquoi les prévisions sont-elles parfois encore fausses ?
G. P. : Nous nous trompons de moins en moins souvent ! Ce n’est pas moi qui le dis mais le bilan que Météo-France dresse tous les ans sur l’évaluation a posteriori des prévisions. Il en ressort que la prévision du type de temps à 24 heures d'échéance sur la France est juste dans environ 90 % des cas, et que la prévision de température à 24 heures d'échéance en un point donné a une précision moyenne de l'ordre de 1 à 1,25 °C. L’évaluation de la température est vraiment de plus en plus précise. C’est plus compliqué pour l’évaluation de la quantité de précipitations.

Peut-on imaginer avoir un jour des prévisions dont la réalisation serait certaine et précise ?
G. P. : Le comportement de l’atmosphère est très chaotique, non linéaire et donc difficile à prévoir. Même si l’on descend en résolution et gagne en précision de calculs il est, pour l’instant, illusoire de prévoir parfaitement le temps à venir.
Pour les applications professionnelles notamment agricoles, nous travaillons à communiquer non plus sur un scénario mais sur plusieurs. Ces « prévisions d’ensemble » permettent d’estimer l’incertitude d’une prévision, ou de fournir une probabilité de dépassement de seuils à risque. Cela intéresse par exemple l’IFV qui possède des modèles de risque pour les maladies fongiques basés, en partie, sur les prévisions météorologiques.

"La grêle est l’un des phénomènes les plus difficiles à prévoir"

Et sur les épisodes de grêle et de gel, peut-on espérer gagner en précision et en anticipation grâce à Météo-France ou faut-il se tourner vers des entreprises privées spécialisées ?
G. P. : Météo-France est un établissement public administratif. Sa mission première consiste à assurer la sécurité météorologique des personnes et des biens. C’est, par exemple, pour cela que depuis 2001 nous établissons des cartes de vigilance notamment pour le grand froid ou les orages. Ces cartes sont faites à l’échelle du département.
Météo-France, en dehors de ces missions de service public, développe une activité concurrentielle, comme par exemple la vente d'alertes plus locales pour les risques de grêle ou de gel. Nous travaillons déjà avec des structures comme l’interprofession de Bourgogne pour la grêle et avec celle de Champagne pour le gel. Des entreprises privées sérieuses sont en concurrence avec Météo-France sur ce créneau. La plupart utilise les données publiques des modèles Arpège et Arome et les complètent avec les données émanant de leurs radars et autres outils de mesure.
Quelle que soit la source des alertes, il faut savoir que la grêle est l’un des phénomènes les plus difficiles à prévoir car il est très local.
 
Propos recueillis par Séverine Favre
 

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