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Aromathérapie

Des huiles essentielles contre les mammites

Les huiles essentielles peuvent être appliquées sur la mamelle, mais aussi dans certains cas sur l'épi du garrot, l'attache de la queue, par voie orale, etc. Photo : N. Tiers/Pixel Image

L'Adage, qui regroupe une centaine d'éleveurs d'Ille-et-Vilaine dont le système fourrager économe en intrants repose sur l'herbe pâturée, a engagé depuis 2008 des expérimentations autour de l'utilisation des huiles essentielles pour soigner les vaches. Leurs objectifs : diminuer voire supprimer l'usage des antibiotiques, diminuer les coûts vétérinaires, trouver des moyens moins intrusifs que les seringues intramammaires ou intramusculaires.

Pour faciliter la prise en main de cette nouvelle médecine, il est décidé de se focaliser en premier lieu sur une pathologie récurrente en élevage laitier : les mammites.

Une expérimentation en laboratoire permet de mettre en évidence la sensibilité des germes pathogènes isolés dans le lait à trois huiles essentielles : Litsea citrata (Litsée), Cymbopogon martinii (Palmarosa), et Leptospermum scoparium (Manuka). Ces huiles ayant été testées par de nombreux éleveurs de l'Adage, le vétérinaire Loïc Jouët les a suivis afin d'en évaluer les effets sur l'évolution des taux cellulaires dans les élevages.

Cinq élevages ont été suivis dont trois en agriculture biologique. 74 vaches ont été observées dont 53 en première mammite et 21 en rechute. Délivrées sur ordonnance par un cabinet vétérinaire, les huiles étaient appliquées sur la mamelle, diluées à une concentration de 10% dans une huile végétale.
Chaque huile était utilisée à raison de 5ml de la préparation matin et soir sur la mamelle. En cas d'inflammation, Litsée (anti-inflammatoire) était d'abord appliquée pendant 1 à 2 jours ; puis Palmarosa (anti-infectieux) pendant 4 jours ; puis Manuka (anti-infectieux) pendant 4 jours.

Résultats intéressants à prendre avec précaution

Chez les vaches en première mammite, une baisse du taux cellulaire en dessous de 200000 cellules/ml a été constatée dans 60% des cas. Mais les taux cellulaires sont restés élevés dans 34% des cas.

Chez les vaches en rechute, les taux cellulaires sont restés élevés dans 62% des cas. Dans 33% des cas, ils ont diminué tout en restant supérieurs à 200000 cellules/ml.

Les meilleurs résultats sont donc obtenus chez les vaches en première mammite, avec néanmoins des variations du taux de réussite selon les élevages. Il semble que la précocité du traitement influence le résultat, de la même façon que pour les antibiotiques.

L'Adage souligne que cette expérimentation ne constitue pas un essai clinique, qui demanderait des moyens très supérieurs : il s'agit davantage d'un essai empirique. En outre, une amélioration cellulaire ne signifie pas une guérison bactériologique, et les chiffres obtenus ne tiennent pas compte de la pathogénicité des germes.

Ces résultats sont intéressants mais des précautions sont à prendre dans l'interprétation. Dans l'approche Adage, nous n'utilisons pas le même protocole selon les différentes mammites. Les huiles essentielles sont en général utilisées pures et non diluées, et les points d'application diffèrent selon l'huile utilisée. Sur les rechutes, il convient d'intervenir sur un réequilibrage global de l'animal, et donc de bien individualiser le traitement.

Encouragée par ces observations, l'Adage a l'intention de continuer à rechercher des protocoles plus performants. Sur le terrain, des critères complémentaires peuvent être pris en compte (bactériologie, aspect du lait et des cailles, comportement de l'animal) afin notamment d'individualiser les protocoles de soins.

Suite à la publication au début de l'année d'un décret précisant que l'utilisation de plantes concentrées à vocation thérapeutique est soumise à AMM (autorisation de mise sur le marché) et doit respecter des délais de précaution pour la consommation du lait et de la viande, la recherche du transfert des composés actifs d'huiles essentielles dans les produits animaux doit aussi se poursuivre.

Voir aussi :
Actes du colloque du 24 mars 2014 : retour sur 6 années d'expérimentations avec les huiles essentielles sur les bovins
Dosage dans le lait de vache de composés actifs d'huiles essentielles administrées par voie orale
Note sur le statut juridique du médicament vétérinaire au regard des produits à base de plantes
Des vaches propres, premier levier anti-mammites

 

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