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Jérôme Laval, Gaec le Mas d’Illins (Isère)

« Le sorgho permet de maintenir le pâturage en cas de déficit hydrique »

"En 2019, les silos sont restés fermés de début avril à mi septembre. Le sorgho couvre un mois de fourrage sur l'année", indique Jérome Laval, éleveur dans l'Isère. ©Bits and Splits/Adobe Stock

Producteur laitier en Isère, Jérôme Laval a introduit le sorgho fourrager multicoupe dans son système depuis plusieurs années. Valorisé en pâturage, le sorgho lui permet de nourrir ses animaux à une période où l’herbe ne pousse plus. Il a témoigné lors des Journées de Printemps de l'AFPF, qui se sont tenues les 3 et 4 novembre en visioconférence.

Jérôme Laval est éleveur en Isère, installé en Gaec avec son épouse et deux salariés. L’exploitation est en agriculture bio, en système tout herbe, sans cultures de vente et sans irrigation. La production des 100 vaches laitières est majoritairement collectée par Sodiaal (700 000 l), une partie est transformée en direct sur la ferme (30 000l) et une partie est utilisée pour l’alimentation des veaux et des génisses (30 000 l).

L’exploitation s’étend sur 150 ha dont 100 ha de prairies temporaires (50 ha pour le pâturage et 50 ha à vocation de fauche + affouragement), 35 ha de méteil grain et 15 ha de prairies permanentes.

L’exploitation se situe dans l’entrée nord de la vallée du Rhône, à 300 m d’altitude, avec des vents dominants Nord et Sud très présents, et environ 750 mm de précipitations en moyenne, peu de neige, mais de gros déficits hydriques en juin-juillet-août, où les pluies sont surtout orageuses. La tendance séchante est marquée, renforcée par les vents. Les sols sont limono-argileux, sujets à battance. La mise à l’herbe est la plus précoce possible en fonction de la portance des prairies : de début à fin mars suivant les années.

Le sorgho en complément à l’herbe

Jérôme Laval et son épouse ont introduit le sorgho dans l’assolement depuis plusieurs années.

« Au départ on voulait renforcer le pâturage. On a cherché une culture qui ait la capacité de pousser en été. »

D’autant plus qu’avec la conversion au bio, en 2016, les exploitants ont arrêté le maïs.

« Pour différentes raisons : dans l’optique d’augmenter la culture de l’herbe pour atteindre l’autonomie protéique, supprimer la concurrence de travail entre la récolte de l’herbe et le semis du maïs, et avec le changement climatique, les rendements du maïs sont de plus en plus aléatoires. Nous préférons cultiver l'herbe et acheter du maïs épi », explique Jérôme Laval.

Les exploitants ont fait le choix du sorgho fourrager multicoupe.

« Le sorgho a l’avantage d’utiliser la même chaîne de mécanisation que l’herbe, il a la même appétence que l’herbe jeune, et c’est une culture agressive qui ne nécessite pas de désherbage mécanique au moment de l’implantation », justifie Jérôme Laval.

Sur l’ensemble de l’année 2019, le sorgho a représenté près de 10% de la ration des vaches, « ce qui n’est pas négligeable, surtout que ce sont des kg produits à une période où la production d’herbe est aléatoire », souligne l’éleveur.

Un fourrage très appétent

Les sorghos sont cultivés en dérobée d’été entre une prairie pâturée en fin de carrière (cinq ans) et la prairie qui lui succède. Pour les 50 ha de prairies pâturées, cela représente environ 10 ha de sorgho par an. Ils permettent une rupture entre deux prairies (adventices, travail du sol, destruction du feutrage) tout en conservant un fourrage pâturable (contrairement à un maïs, une céréale ou un sorgho monocoupe).

« En 2019, j’ai fait une première exploitation du sorgho le 14 juillet, soit 40 jours après le semis, une deuxième exploitation 30 jours après (le 13/08), et une troisième 30 jours après (le 17/08). Généralement, je fais pâturer la nuit et non pas le jour pour une question de confort thermique. Une parcelle est pâturée durant deux à trois jours au fil avant. Le sorgho est très appétent, les vaches se jettent dessus. »

En cas d’excédents (au-delà de 1,2 m de hauteur), les sorghos sont soit affourragés soit ensilés.
En 2019, le sorgho a produit 6,5 t MS /ha, mais uniquement 2,5 t MS /ha en 2020. « L’implantation s’est très bien passée, il y a eu une bonne première pousse mais après il a végété. »

« Pour maximiser le pâturage au meilleur stade, il faudrait pouvoir décaler le pâturage de parcelles dans le temps. La principale difficulté est de décaler les semis, donc la pousse des sorghos, pour optimiser la plage de pâturage au meilleur stade », reconnaît Jérome Laval.

131 euros/ha de semences

En 2018, la semence a coûté en moyenne 131 €/ha. L’implantation a été estimée à 189 €/ha, en y intégrant un épandage de lisier de 25 m3 sur la prairie juste avant labour. La main-d’œuvre a été évaluée à 5 €/ha.  En estimant la production à 6 t de MS/ha, le sorgho pâturé revient à 53 €/t de MS. Pour une production de 3 tMS/ha, le coût est évalué à 106 €/t de MS.
 
Parmi les pistes d’amélioration, Jérôme Laval envisage de faire évoluer son choix variétal et d’alléger l’itinéraire cultural. « En 2020, on a testé l’association avec le moha mais ça n’a pas été concluant. Le moha a encore plus subi le déficit hydrique. »

« Le sorgho est intéressant, il permet le maintien du pâturage en cas de déficit hydrique. Il permet aussi de préserver les stocks de l’hiver », conclut l’éleveur.

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